Compte rendu du déjeuner philo du 30 janvier

Compte rendu du déjeuner philo du 30 janvier

Chers amis, le deuxième « Déjeuner Philo » du LPG a eu lieu ce mardi 30 janvier 2018. En voici le compte-rendu.

La discussion est à bâtons rompus mais pas sans écoute des uns et des autres. La vérité est dite par éclairs, par fragments ; les questions sont toutes en nuances, comme si le problème de la santé, en particulier de la santé mentale, était au fond impossible à résoudre en une phrase ou par de simples exemples. Car qu’est-ce qu’être fou ? La dépression est-elle normale ? Y a-t-il une santé mentale comme il peut en exister une du point de vue physique ? Ne sommes-nous pas inégaux, comme le fait remarquer une participante en milieu de séance, en matière d’équilibre mental ?

La discussion part de l’affiche, qui représente un personnage demandant à un autre si tout va bien. Ce dernier répond : « I’m fine », mais derrière lui, de façon inquiétante, un nuage morbide peuplé de pensées noires semble s’échapper de son esprit, ou le pousser dans le dos. Il sourit et tout semble aller bien. Mais est-ce le cas ? Il est évident, comme le font remarquer d’emblée plusieurs participants, qu’il ne va pas bien et que la différence essentielle entre la santé physique et la santé mentale est la suivante : il y en a une qui se voit, et l’autre qui ne se voit pas. Par conséquent on pourrait très bien ne pas être malade à un point de vue physique, mais malade au point de vue psychique, sans que personne ne s’en aperçoive.

Mais que veut dire « malade » ? Le mal-être est-il une maladie mentale ? Déprimer, est-ce être malade ? La réponse semble s’imposer : la maladie se juge par rapport à une norme, on est malade quand on ne peut faire des choses « normales », ou penser des choses « normales ». Est-ce bien satisfaisant comme réponse ? N’y a-t-il pas, de fait, des blessures psychologiques indépendantes de toute norme sociale, comme il existe des blessures physiques objectives ? C’est ce que suggère l’une des participantes. Bien qu’une blessure ne soit pas une maladie, elle peut au fur et à mesure le devenir, et cela ne relève pas d’un jugement : c’est un fait.

Mais il faudrait sans doute distinguer différentes maladies mentales. La notion de « folie » et celle de « dépression » finissent par s’imposer dans les échanges. Qu’est-ce donc qu’un fou ? C’est quelqu’un qui ignore qu’il est fou. Non seulement il ne sait pas qui il est vraiment, mais il ignore aussi qu’il l’ignore, se prenant pour quelqu’un d’autre. La maladie mentale pensée comme folie ne relève-t-elle pas de l’illusion sur soi ? Etre mal dans sa tête, n’est-ce pas être désorienté concernant son identité ?

Cela étant, comme le fait remarquer l’une des participantes, on pourrait faire des folies sans être fou, ce qui conduit une autre à souligner la fragilité de la santé mentale. Tout le monde pourrait ainsi être sujet à la folie, ou à des folies. Il faut donc en conclure paradoxalement que la maladie mentale est normale ; de même qu’il n’est pas anormal d’avoir un rhume ou une grippe, il ne serait pas anormal de perdre la raison, de faire n’importe quoi ou de ne pas se sentir bien.

Encore faudrait-il s’entendre sur l’usage ou l’abus du mot « maladie » concernant la vie mentale : avoir des idées noires, avoir des doutes, déprimer, souffrir, est-ce une maladie ? Ne serait-il pas plus malade encore celui qui n’éprouve rien ? Avoir des émotions, n’est-ce pas la condition de la santé ? Au contraire, ne rien éprouver (par handicap ou volonté), refouler les souffrances ou les considérer de haut, en un mot être insensible, n’est-ce pas inquiétant ? On peut supposer que ce qui est pathologique, ce n’est pas la souffrance mentale, mais le rapport à la souffrance mentale. Exagérer son mal, ou au contraire le nier, voilà donc ce que serait la maladie mentale : une incapacité à vivre et accepter ses émotions telles qu’elles sont. Le danger, comme le fait remarquer l’une des participantes, serait de confondre sensibilité et fragilité, ou de considérer la sensibilité comme une faiblesse.

Reste à examiner deux choses. Premièrement si les troubles mentaux sont à ce point dissociables du corps. N’y a-t-il pas toujours un impact physique comme le suggère un participant ? Sans parler de l’influence des émotions sur la vie du corps (rougir, blêmir, trembler, sourire, pleurer etc.), il y a les fameuses somatisations de désirs ou de souvenirs inconscients popularisées par Freud dans ses analyses de l’hystérie. La santé physique est donc influencée par la santé mentale, et l’affiche du « Déjeuner Philo » serait donc réfutée : on ne peut réellement sourire quand ça va mal.

Deuxièmement, est-ce que tout le monde a les moyens d’affronter ses blessures, ses problèmes, son mal-être ? De même que certains ont de faibles défenses immunitaires, certains ne seraient pas armés pour supporter les difficultés de la vie. D’où vient la différence ? D’une force d’âme comme le soutient l’une des participantes ? On peut en effet remarquer dans le domaine du sport l’importance du « mental ». La santé mentale se définirait ainsi comme confiance en soi. Mais l’appel à la volonté, sans la compréhension rationnelle des causes de son mal, que peut-elle valoir ? Ne faut-il pas savoir, et non simplement vouloir, pour être « bien dans sa peau » ?

A condition qu’il y ait quelque chose à savoir… Après tout, comme le demande l’une des participantes, y a-t-il vraiment une cause aux problèmes mentaux comme il peut en exister dans le domaine physique ? La maladie mentale peut-elle être sans raison ? La psychologie, la psychiatrie, la psychanalyse seraient ainsi remises en question dans leurs prétentions scientifiques et thérapeutiques, à la différence de la médecine, et la maladie mentale pourrait ainsi être considérée comme un mystère, comme quelque chose qui échappe toujours à la raison. A moins que l’on situe la cause en dehors de l’individu : et si la cause du mal-être psychologique était sociale ? Et si c’était la société qui rendait malade ? Une société qui, par exemple, fait perdre aux uns la confiance en soi, aux autres la clairvoyance, à d’autres encore la dignité ? La santé mentale serait alors fondamentalement liée au rapport plus ou moins harmonieux que l’on entretient avec les autres, plutôt qu’envers soi-même…

Nous étions ce jour-là une petite trentaine : 19 élèves et 9 adultes. C’est beaucoup mieux que la dernière fois ! N’hésitez à venir participer au prochain « Déjeuner Philo », ne serait-ce que pour un café ou un thé, qui portera sur : Sexualité et société.