Compte rendu du café philosophique

Compte rendu du café philosophique

ALIMENTATION ET ENVIRONNEMENT

Compte-rendu des échanges

 

Chers amis, le premier « Déjeuner Philo » du Lycée Gauguin a eu lieu mardi 28 novembre. En voici le compte-rendu.

La question portait sur les rapports de l’alimentation et de l’environnement. Pourquoi donc ? Quel rapport ? Parce que s’alimenter, c’est nécessairement prélever quelque chose de l’environnement, minéral, végétal ou animal, pour survivre soi-même. Manger, c’est violent, c’est destructeur, c’est mordre, c’est assimiler, c’est faire entrer à l’intérieur ce qui est à l’extérieur, c’est faire disparaître l’extérieur dans l’intérieur. On déchiquette avec les dents le casse-croûte que l’on a dans les mains, fait de pain, de salade et de poulet pour transformer tout cela en énergie puis en déchets. Est-il donc possible de s’alimenter sans détruire ?

La réponse est facile, comme l’a faite l’un des participants : tout dépend de l’origine de ce que l’on mange. Si c’est « bio », ou si c’est industriel, il n’y a pas le même impact sur la nature. Mais toute la question est de savoir si on mange toujours « bio », et si on ne mange pas aussi des « cochonneries » comme le dit une participante, des sucreries, des aliments qui ont plus de goût que d’autres, qui font plus plaisir que d’autres, alors qu’ils ne nourrissent pas forcément au sens strict du terme.

S’alimenter, est-ce nécessairement se nourrir ? Est-ce nécessairement rechercher des nutriments, ces éléments nécessaires pour être en bonne santé ? Il y a manifestement une tension entre le plaisir du goût (celui aussi d’ingérer et de dévorer) et l’objectif de la santé. Une différence aussi entre la bouche et le ventre, comme lieux différents de plaisir, ainsi que le dit un participant. Une contradiction entre le désir et le besoin dans l’alimentation. Serait-ce l’effet d’une mauvaise habitude comme le suggère un participant ? Ne faut-il pas que l’alimentation fasse l’objet d’une éducation comme le suggère une autre ? Peut-on vraiment faire confiance au corps pour savoir ce dont on a besoin et pour faire de bons choix alimentaires ? Quand j’ai envie de manger telle ou telle chose, est-ce parce que j’ai physiquement besoin de ses propriétés nutritives ?

Inévitablement la question se déplace donc sur le sens et la fonction de la cuisine. Pourquoi cuisine-t-on ? Pour améliorer son alimentation, pour lui donner du goût, pour en faire un plaisir. On ne s’alimente pas comme les animaux, sauf dans des cas extrêmes de besoin et de misère (car alors il peut malheureusement nous arriver de manger n’importe quoi, et même « n’importe comment » comme le précise une participante). Donc on prépare la nourriture, on cuisine.

On ne mange pas seulement pour combler un manque mais pour jouir des saveurs. « Pour manger ce qu’on aime » comme le dit une participante. Plus profondément encore, on cuisine pour les autres et on mange avec les autres. C’est un moment de partage, de convivialité, de fête, sauf quand il faut manger à la va-vite, tout seul, ce qui est toujours un peu triste. Alors, comme le dit avec profondeur une participante, s’alimenter, c’est reconstruire un environnement, et pas seulement détruire l’environnement. Un environnement familial, amical, ne serait-ce qu’en imagination. Il y a donc deux environnements, celui qui est naturel, celui qui est social. Quand on s’alimente, on cherche peut-être à retrouver un environnement affectif, peut-être aussi fondamental que la première relation au sein maternel, et peut-être faut-il donc admettre que l’alimentation est un « plaisir psychologique », comme le dit un participant, autant que corporel.

Reste à savoir s’il faut s’abandonner à ce plaisir de manger sans réflexion, et si la cuisine ne doit pas tenir compte des risques environnementaux dans sa recherche de maximisation des saveurs. L’alimentation carnée est aujourd’hui accusée dans ses excès. S’il est vrai que cela contribue à la destruction stupide de l’écosystème, comme le rappelle une participante avec de vigoureux arguments, se peut-il qu’il faille exclure la viande de l’alimentation ? En réduire du moins la consommation ? Depuis l’origine, l’homme a mangé sous l’influence de l’instinct de conservation et par goût du plaisir, de façon irrationnelle, sans calculer ni compter, sans penser aux conséquences. Se peut-il qu’il faille à présent s’alimenter rationnellement, pour de bonnes raisons, et avec mesure ? On quitterait alors l’ère de la pulsion alimentaire pour entrer dans l’ère de la rationalisation de l’alimentation…

Nous étions ce jour-là 9 participants, 5 élèves et 4 adultes. Les plus grandes choses commencent toujours ainsi, par le petit nombre. Nous vous encourageons à venir grossir les rangs. Le prochain « Déjeuner Philo » aura lieu après le congé de Noël et portera sur le thème suivant : Santé physique et santé mentale.